Retour en train - Journaux croisés

Elle

Je l’ai tout de suite reconnu. Dans le hall de la gare, il avait encore cette allure un peu fatiguée, la peau hâlée, le regard chaud malgré les cernes du festival. Une semaine de spectacle, de danse, de regards volés, de bousculades, de strapontins et de corps dans les rues, dans la chaleur de la ville. Il faudra que je raconte cet instant, une autre fois.  Mais surtout lui. Ce moment sous les arbres, sa main sur ma nuque quand je suis tombée contre lui, son souffle dans mon oreille sans un mot. Pas de nom. Pas d’échange. Et maintenant, il est là. Dans le même wagon que moi. Et ce putain de siège face au mien.

Je m’installe lentement. Mon tee-shirt colle encore un peu à ma peau, j’ai trop chaud, et pas seulement à cause de l’été. Il relève les yeux. Je soutiens son regard. Il y a quelque chose d’accordé entre nous, un tempo. Je le sais, il le sent aussi. Je m’étire, je croise les jambes, et je m’imagine déjà sa main glissée entre mes cuisses. Le train démarre. Le paysage file. Mon ventre se noue. Mon sexe palpite.

Lui

Elle est encore plus belle qu’au festival. Il y a ce calme en elle, ce silence presque cruel dans sa façon de me regarder. Pas de sourire. Juste ce regard. Intense. Stable. Presque animal. J’ai pensé à elle tout le week-end. Elle me frôle et je bande. Elle me regarde et mon souffle se coupe. Elle s’assied. Je vois ses cuisses nues sous la jupe, la ligne de sa gorge quand elle s’étire. Je me retiens de sourire. Elle le sent.

Je repense à son dos contre mon torse pendant un spectacle, à cette chaleur quand nos peaux se sont effleurées. Elle n’a pas dit un mot, moi non plus. On aurait pu s’embrasser. On aurait dû. Mais maintenant, tout est plus précis. Je vois sa bouche, pleine. Sa langue. Son cou. Et j’ai envie de tout goûter. Elle dit qu’elle va chercher un café. Je comprends. Je me lève. Je la suis.

Elle

Je crois qu'il a compris l'idée du café. Je sens qu’il me suit. Je le sens comme on sent l’orage avant qu’il craque. J’entre dans l’espace étroit entre les voitures, juste avant le bar. Je me retourne à peine. Je sais qu’il est là. Je pousse la porte des toilettes. Il ne dit rien. Il entre. C’est étroit mais moins que dans les tgv. Nos souffles se mélangent déjà. Je ne réfléchis pas. Je plaque mes lèvres contre les siennes. Il répond avec une brutalité douce, ses mains dans mes cheveux, sa bouche affamée. Même fatiguée, je profite.

Je déboutonne son pantalon à l’aveugle. Ma langue dans sa bouche, mes doigts sur sa queue. Elle est chaude, tendue, palpitante. Je m’agenouille, je l’avale d’un coup. Pas de douceur. Je veux sa queue dans ma bouche, tout de suite. sans pause. Sa main se tend contre la cloison. Il respire fort. Je le prends jusqu’à la gorge, je suce vite, fort, je veux qu’il se retienne. Mais il me relève, me retourne. Mes fesses contre lui. Je remonte ma jupe, je suis déjà mouillée. Je veux qu’il me prenne. Là. Brutalement.

 Je le regarde. Mes yeux disent : maintenant.

Il glisse ses doigts entre mes cuisses, me caresse. Je suis trempée. Il enfonce un doigt, puis deux. Je me cambre. Je suffoque déjà.

Puis il me prend.

Lui

Elle est intense, je le savais. Quand sa bouche m’enveloppe, j’ai un vertige. Elle va vite, elle salive, elle m’aspire jusqu’à la garde, sans pudeur, sans hésitation. J’ai l’impression de perdre pied. Sa langue tourne, sa gorge serre, sa salive coule. Je me retiens de jouir. Je la relève. Elle me montre son cul, nu, offert. Elle est trempée. Je glisse mes doigts, elle respire contre moi. Mon sexe en feu, je la prends d’un coup sec.

Sa tête collée contre mon cou. Elle pousse un cri étouffé. Je bouge fort, mon bassin claque contre elle. Elle mouille, elle m’absorbe avec une envie folle. Mon souffle est fort. Je sens son et le mien corps trembler. Elle tend la main en arrière, cherche ma nuque, m’attire vers elle. Elle jouit déjà. Mais ce n’est pas fini.

Elle

Il me pénètre avec une force maîtrisée, comme s’il me connaissait déjà par cœur. Ses coups sont précis, brutaux, mais jamais mécaniques. Il me lit dans le noir. Je sens ma jouissance monter vite, trop vite. Je me cambre, je jouis en silence, tout mon sexe se contracte autour de lui. Il ne s’arrête pas. Je le veux encore. Encore. Je me retourne, les cuisses tremblantes, je grimpe sur lui.

Je le chevauche, comme si on avait mille ans de retard. Je le prends profond. Mon bassin cherche l’angle parfait, celui où il me touche jusqu’au cœur. Je colle mon front au sien. Sa bouche sur la mienne. J’ondule, je frotte mon clito contre son pubis, je mouille sans fin. Il murmure des mots, j'aime. Je jouis à nouveau, cette fois en gémissant. Je me fous du bruit. Je veux qu’on entende. Je veux qu’il me remplisse.

Lui

Elle est au-dessus de moi, cavalière furieuse, tendre. Sa chatte me serre avec une telle chaleur que j’ai du mal à respirer. Elle monte, descend, glisse, s’ancre en moi. Sa jupe relevée, ses seins qui se tendent sous le tissu. Elle est un orgasme vivant, si entière. Elle se contracte, me griffe, m’embrasse. J’ai le goût de sa langue, le sel de sa sueur, l’odeur de sa jouissance sur ma peau. Je vais jouir. Je la préviens. Elle me regarde, me dit "viens".

Je me laisse aller. En elle. Jusqu’au bout. Elle gémit dans ma bouche. Elle m’enlace fort. Mes hanches se tendent, se figent. Je pulse. Je grogne. Elle m’absorbe, me vide. Tout. Jusqu’au dernier spasme. On reste collés, comme deux animaux fatigués. Encore tremblants.

Elle

Je reste sur lui un long moment. Mon sexe encore rempli, encore ouvert. Sans la capote, je sentirai sa semence couler un peu sur ma cuisse. Il est encore en moi, flasque, tiède. J’aime cette sensation. J’aime ce corps contre le mien, ce silence lourd et doux. Je ferme les yeux. Il ne parle pas. Il caresse simplement mon dos, comme s’il ne voulait pas me brusquer.

Je me relève. Lentement. Je remets ma culotte. Il m’aide à lisser ma jupe. On se regarde. Une connivence nue. Je sors la première. Il me suit. On traverse le couloir sans un mot, comme si rien ne s'était passé. Mais je sens encore sa queue en moi à chaque pas. Et ça me fait sourire. On prend un verre au bar avant de regagner nos sièges.

Lui

On regagne nos places. Elle s’installe. Moi aussi. Nos regards se croisent. On ne dit toujours rien. Je bois mon café, elle aussi. Mais tout a été dit autrement. Je sens encore ses gémissements dans ma gorge, son sexe sur mes doigts, son odeur sur mon ventre. Le train avance. La lumière baisse. Les rideaux filtrent le jour. Elle ferme les yeux. Elle est fatiguée. moi aussi.

Je me tourne vers la vitre. Mon cœur cogne encore. Mon jean colle. Mais je m’en fous. Ce qu’on a vécu là, dans ces quelques mètres carrés, dans ce roulis métallique, c’est le genre de souvenir qui tend à disparaître. On se reverra, c'est évident. Juste ça. Cette mémoire charnelle.

Paris s'avance doucement, ignorant qu’elle s’apprête à recevoir deux amants nouveaux, à l'ombre des rails.

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